Les mosaïques de l’Opéra Garnier
L’Opéra Garnier voit le jour dans un Paris en chantier. Sous le Second Empire, les travaux d’urbanisme menés par Haussmann prennent forme et les petites ruelles médiévales insalubres laisseront bientôt place à un Paris moderne au charisme qui en fera sa renommée.
C’est dans ce contexte de changement que Charles Garnier, jeune architecte, remporte un concours qui va changer sa vie pendant quatorze ans (1861-1875), et bien plus. La requête impériale est de créer un point d’orgue entre les boulevards Haussmann, des Capucines et de l’Opéra, plaçant au coeur de Paris le coeur culturel de la France.
Souhaitant rendre hommage par tous moyens au spectacle qui se joue au sein de son oeuvre, Charles Garnier dessine un “théâtre d’apparat” où les ornements en abondance perpétuent en tout lieu l’art de la scène. Ainsi le manifeste de Charles Garnier devient le suivant :
“La chaleur, la passion, le mauvais goût, peut-être, mais la couleur, enfin !” (opera national de paris)
Les corps de métiers qui oeuvrent au chef d’oeuvre sont nombreux : sculpteurs, fondeurs, vitrallistes, mosaïstes, marbriers… Chaque artisan, chaque matériaux, est choisi avec attention pour assurer la cohérence d’un ensemble époustouflant de savoir faire.(orsay) On compte, par exemple, près de trente teintes de pierres différentes dans les grands escaliers.
Mais avant de parvenir à cette prouesse d’assemblage, Charles Garnier se confronte à la réalité technique du métier : il est extrêmement couteux, sinon impossible, de fabriquer la surface de mosaïque demandée. En vain, mosaïstes romains et vénitiens se confrontent à ces exigences de dates sans jamais parvenir à proposer des temps de production concordants ou des prix suffisamment compétitifs.
Déterminé à emmener la mosaïque jusqu’aux plafonds de l’Opera et la faire rivaliser avec l’art de la fresque, la rencontre de l’architecte avec Giandomenico Facchina va marquer un tournant dans l’histoire de ce chantier et de la mosaïque. Venu du Fioul, terre de mosaïstes, ce dernier dépose le brevet d’une technique appelée “pose indirecte sur papier” qui permet de travailler directement en atelier à hauteur d’homme, avant de la déplacer in situ en plaques. Le temps de fabrication et de pose est considérablement réduit et la prise de risque financière de l’entreprise, qui fait de ce chantier son fer de lance, leur permet de relever tous les défis imposé par le commanditaire. Ainsi plus de 300 m2 de mosaïque ont fabriqués en quelques mois.
Les oeuvres principales sont situées dans l’avant-foyer où la voûte en berceau est intégralement recouverte de motifs allégoriques, mythologiques et décoratifs. On peut y lire un phrase écrit en grecque qui mentionne (traduction):
“La mosaïque décorative a été appliquée pour la première fois en France pour l’ornementation de cette voûte et la vulgarisation de cet art”. ****
On trouve aussi de majestueuses mosaïques de marbre au sol de la rotonde des abonnés.
Ainsi les mosaïques de l’Opéra Garnier sont un témoignage de renouveau de l’art ornemental et un tournant majeur dans la maitrise de ce savoir faire. La pose inversée est une technique encore utilisée dans les atelier, notamment chez Pina, pour produire des oeuvres architecturales de moyenne et grande ampleur.

